Le contre-amiral Ali Reza Tangsiri, le chef de la composante maritime des Gardiens de la Révolution (les pasdaran) a déclaré dans un article publié le 5 juillet dans l’hebdomadaire Sobh-e Sadeq que l’Iran avait construit de nombreuses « cités de missiles », à la fois terrestres et en mer le long des côtes bordant les golfes d’Oman et persique et que cela « constituerait un cauchemar pour les ennemis de l’Iran ». Il a ajouté que les pasdaran étaient présents « partout » dans ces eaux et que sa marine avait mobilisé 23.000 hommes et 428 flottilles le long de ses frontières sud.
En dehors de l’effet d’annonce qui est à replacer dans le cadre de la montée des tensions entre Washington et Téhéran suite au retrait en 2018 des Américains de l’accord JCOPA (signé en 2015 avec les pays membres du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne) portant sur le programme nucléaire iranien, l’information n’est pas réellement nouvelle. Il y a des années que Téhéran aménage ses côtes sud avec deux objectifs :
. menacer de fermer de Détroit d’Ormuz – mission confiée aux pasdaran – ;
. empêcher une flotte ennemie (américaine) d’évoluer librement dans le Golfe d’Oman – mission de la Marine militaire iranienne (Niru-Daryaila) et plus accessoirement de l’aviation (Niru-Havayi) même si Téhéran ne se fait pas trop d’illusions sur les capacités de ces deux armées qui seraient rapidement annihilées en cas d’affrontement direct.
La nouveauté réside dans le fait que, depuis quelques années, la composante maritime des pasdaran est venue compléter le dispositif de la Marine, en particulier avec des missiles sol-mer et des vedettes rapides. Il convient d’en conclure que les pasdaran jouent un rôle majeur dans la défense des approches maritimes iraniennes.

Les Iraniens sont passés maîtres dans l’art de construire des ouvrages fortifiés depuis la guerre qui les a opposé à l’Irak de 1980 à 1988. Ils avaient eu comme professeurs les ingénieurs du Génie nord-coréen… Ils ont ensuite servi de maîtres d’ouvrages pour le Hezbollah au Liban-Sud. Depuis, ils ont construit des abris enterrés pour préserver leur industrie d’armement, leurs centres de commandement et de communications mais aussi pour fortifier leurs côtes sud et les îles environnantes. C’est ainsi que plus de 1 500 kilomètres de galeries ont vu le jour. Cet état de fait rend la détection d’objectifs difficile et, quand cela est fait, leur destruction problématique. Si les postes de tirs situés sur les îles d’Abou Moussa, de la grande et petite Tumb, de Siri et Qeshm peuvent être rapidement réduits au silence par les feux de contrebatteries, il n’en n’est pas de même pour celles solidement retranchées dans des positions fortifiées de l’île de Qeshm.
Les Iraniens ont aussi déployé de nombreux leurres (faux missiles, faux PC, faux radars, réseaux radio bidons, abris inoccupés, etc.) destinés à tromper les reconnaissances adverses.
Si certaines plateforme offshore sont militarisées, elles ne font que compléter les réseaux de surveillance car elles sont trop vulnérables.

L’arme principale de la défense côtière iranienne est constituée de missiles sol-mer. Ce sont les pasdaran qui mettent en œuvre tous les missiles iraniens et donc en particulier ces derniers.
Des informations font état de l’achat par Téhéran de SS-N-22 Sunburn et de SS-N-26 Yakhont russes. C’est peut-être ces armements que l’amiral Tangsiri évoque dans son interview quand il parle de « missiles à longue portée à venir… ». Ces dernières qui atteignent les 120 kilomètres pour le SS-N-22 et les 300 kilomètres pour le SS-N-26 font qu’ils seraient utiles face au Golfe d’Oman. Ils pourraient être déployés entre la presqu’île de Jask et Tchabahar au sud-est de la côte iranienne.
Les Iraniens ont aussi développé le Qader armé d’une charge militaire de 200 kilos pouvant atteindre la distance de 300 kilomètres et le Khalij Fars capable d’emmener une charge de 450 kilos à la même distance. En fait, ce dernier est une version du missile sol-sol Fateh 110.

Dans le Détroit d’Ormuz, les navires défilent à faible vitesse à 20/40 kilomètres des côtes iraniennes comme des pipes au stand de tir forain.
Des missiles subsoniques lourds Ra’ad (charge militaire de 450 à 500 kilos) d’une portée de 150 kilomètres (sur les 350 annoncés) seraient déjà stationnés au sud de Bandar Abbas.
Les pasdaran peuvent aussi mettre en œuvre les missiles sol-mer Kowsar d’une portée de 15 à 20 kilomètres. Cette dernière est un peu courte et les charges de 29 kilos sont insuffisantes pour créer des dommages très importants à des navires marchands. Cette lacune est comblée par le fait que chaque batterie peut tirer très rapidement de deux à quatre missiles sans avoir à recharger.
Des Nasr-1 armés d’une charge militaire de 150 kilos seraient toutefois plus efficaces avec leur portée de 35 kilomètres.
Les missiles Noor d’une portée allant de 30 et 170 kilomètres (selon le modèle) avec une charge militaire de 165 kilos sont montés sur des lanceurs mobiles pouvant tirer trois missiles dans des délais réduits semblent être actuellement les mieux adaptés pour couvrir le Détroit d’Ormuz.

La tactique est relativement simple. Les lanceurs (soit mobiles, soit tractés) restent dans leurs abris jusqu’à ce que des objectifs leur soient désignés par le commandement. À noter que de nombreuses liaisons se feraient par téléphone filaire, ce qui interdit toute interception ! Après une première salve, les lanceurs réintègrent les abris (qui n’est parfois pas celui dont ils sont sortis). Ils ne réapparaissent que pour envoyer une deuxième bordée … et ainsi de suite. Enfin, il faut avoir conscience que ces armements sont mobiles et peuvent donc être transférés d’un théâtre à l’autre selon les besoins stratégiques de Téhéran.

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Alain RODIER

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