Même si ce n’est actuellement pas la priorité du gouvernement Netanyahou qui concentre tous ses efforts sur la bande de Gaza, la Cisjordanie et le sud-Liban, il profite du vide créé par la chute du régime de Bachar el-Assad pour poursuivre ses opérations dans le sud de la Syrie.

Son ministre de la défense, Israël Katz, a notamment affirmé sur X qu’il était indispensable pour Israël de maintenir une présence en Syrie en raison de la « leçon essentielle des événements du 7 octobre […] Des milliers de terroristes du Hamas avaient envahi Israël prenant l’armée au dépourvu et saccagé les communautés proches de la frontière avec Gaza. » Pour mémoire, quelque 1.200 personnes ont été tuées lors de ces attaques, tandis que 251 autres ont été enlevées et emmenées à Gaza.
Selon Israël, une invasion similaire de la Galilée depuis le sud-Liban avait été planifiée par le Hezbollah, soutenu par l’Iran. Pour Katz, cela pourrait arriver dans l’avenir depuis le sud de la Syrie… Pour l’éviter, « l’armée israélienne restera au sommet du mont Hermon et dans la zone de sécurité qui est vitale pour défendre les communautés du Golan et de Galilée contre les menaces émanant du côté syrien. » en faisant référence aux Druzes. Des affrontements meurtriers ont effectivement eu lieu dans la province syrienne de Souwayda à majorité druze en juillet. 1.400 personnes ont été tuées lors d’une semaine de violence sectaire opposant les populations bédouines aux Druzes, ces derniers étant divisés entre les pro et anti-Damas (ceux-ci étant « assistés » par Israël.) L’État hébreu avait alors attaqué les troupes gouvernementales syriennes qui tentaient d’entrer dans Souwayda et bombardé le cœur de la capitale Damas en avançant la protection du peuple druze(1).

Les intentions d’Israël sont donc très claires puisqu’annoncées : ses forces ne quitteront pas leurs positions dans le sud de la Syrie et continueront à intervenir quand elles le jugeront utiles.

Depuis la chute de l’ancien dirigeant Bachar el-Assad en décembre 2024, Tsahal a mené des centaines de frappes visant des sites et des moyens militaires dans toute la Syrie.
Par ailleurs, Israël a étendu son occupation des hauteurs du Golan syrien en s’emparant de la zone tampon démilitarisée.
Netanyahou avait également revendiqué le mérite d’avoir renversé Assad, chute qu’il a qualifié de «résultat direct de notre action de force contre le Hezbollah et l’Iran.»
Pour sa part, Ahmed al-Charaa, dont le nom de guerre de guerre, al-Joulani, signifie « l’homme du Golan » a déclaré dans une interview : « nous ne voulons pas d’un conflit, ni avec Israël ni avec d’autres pays […] les Syriens sont fatigués et ont juste besoin de vivre en paix. »

L’occupation tactique d’une partie du sud-ouest de la Syrie par Tshahal

Depuis la chute de l’ancien dirigeant Bachar el-Assad en décembre, Tsahal a d’abord étendu son occupation des hauteurs du Golan syrien en s’emparant de la zone tampon démilitarisée, une mesure qui a violé un accord de désengagement de 1974 avec la Syrie.

Les troupes israéliennes ont notamment pris le sommet syrien du mont Hermon depuis la fin 2024 et y sont restées depuis.
Des soldats ont également été déployés dans neuf postes fixes à l’intérieur du sud de la Syrie, principalement dans une zone tampon surveillée par l’ONU à la frontière entre les deux pays.
Les effectifs israéliens déployés ne sont pas très importants et sillonnent la région en véhicules légers protégés par l’aviation prête à apporter ses appuis feu air-sol à tout moment. Des formations blindées et de l’artillerie sol-sol se tiennent légèrement en retrait sur le plateau du Golan mais peuvent être engagées si le besoin s’en fait sentir. Mais pour le moment, aucune opposition sérieuse ne peut affronter les Israéliens.

Dernières opérations

Selon la presse syrienne, les Israéliens ont mené des bombardements dans la nuit du 25 au 26 août contre des anciennes casernes de l’armée dans la région d’al-Kiswa qui abritaient des éléments de la 15ème division des forces spéciales de l’ancien régime à 13 kilomètres au sud-ouest de Damas.
En même temps, un raid héliporté de quatre appareils a posé un commando qui serait resté durant deux heures sur le site de Jabal al-Manea qui avait servi de point d’ancrage pour des milices iraniennes lors du règne de Bachar el-Assad. Aucun affrontement n’a eu lieu entre Tsahal et les forces syriennes.

Un système radar d’origine nord-coréenne et des équipements électroniques auraient été démontés et ramenés en Israël. Cette base avait été bombardée à plusieurs reprises dans le passé récent. Les matériels nord-coréens devraient intéresser au plus haut point les services de renseignement américains.

L’opération a eu lieu un jour après qu’une frappe de drones israéliens ait tué trois soldats dans la même zone alors qu’ils portaient secours à plusieurs de leurs camarades qui venaient de sauter sur une mine. Trois d’entre eux avaient été tués par l’explosion.

Dans une déclaration publiée le 27 dans la journée, le ministère syrien des Affaires étrangères a qualifié cette frappe de « violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations Unies » et que l’attaque constituait « une violation manifeste de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne. »

Et les pourparlers de paix ?

Les responsables israéliens confirment que des pourparlers sont en cours avec la Syrie portant sur un éventuel accord de sécurité. Ils devraient aboutir avant la fin du mois de septembre.
Le président al-Charaa a reconnu la tenue de ces négociations.
Par ailleurs, il doit s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies à New York le 25 septembre – la première fois depuis des années qu’un dirigeant syrien prendra la parole lors du forum. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou devrait prononcer son propre discours le lendemain.
On ne s’attend pas à ce que l’accord constitue un traité de paix complet mais plutôt des arrangements de sécurité limités visant à réduire les tensions et à répondre aux préoccupations mutuelles.
Il comprendrait une démilitarisation des hauteurs du Golan, l’interdiction faite à la Syrie de se doter d’armes stratégiques et la mise en place d’un couloir humanitaire vers Jabal al-Druze.

Les États-Unis qui veulent de désengager du Proche-Orient pour se consacrer à la Chine s’efforcent d’apaiser les tensions entre Israël et la Syrie depuis l’intervention de Tsahal en faveur des Druzes anti-gouvernementaux en juillet.
D’un autre côté, la Syrie se retrouve au milieu d’un jeu d’influences complexe(2) où s’affrontent la Turquie qui réclame une Syrie unifiée et Israël qui souhaite une Syrie morcelée en provinces ethniques. En deuxième rideau se trouvent l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis (EAU) qui font miroiter les financements nécessaires à la reconstruction du pays. La Russie essaie de revenir – timidement – , la Chine voudrait bien proposer ses services et l’Iran reste hors-jeu.

(1) Voir : « Situation chaotique au sud de la Syrie » du 18 juillet 2025.

(2) Voir : « Syrie : Turquie – Israël, le jeu d’influence bat son plein sous le regard embarrassé des États-Unis » du 25 juillet 2025.