La question que de nombreux stratèges se pose sur de la pertinence de l’existence des porte-aéronefs face aux armes modernes, et en particulier les missiles balistiques hypersoniques, risque de trouver un début de réponse si un conflit éclate dans les semaines à venir entre les États-Unis et l’Iran.

Le contexte

Le président Donald Trump a décidé de déployer deux groupes aéronavals en mer d’Oman pour menacer l’Iran si le régime ne se pliait pas à ses exigences qui sont maximalistes… pour l’instant. Pour mémoire, les dernières négociations de Genève – comme les précédentes de 2025 – n’ont abouti à rien de concret.
Le groupe le Groupe aéronaval Abraham Lincoln (CSG-9) et ses trois escorteurs de classe Arleigh Burke ainsi que treize autre navires de surface (et au moins un sous-marin d’escorte) sont déjà signalés en mer d’Oman,
Par ailleurs, le Groupe aéronaval Gerald R. Ford (CSG-12) qui se trouve actuellement dans la zone de la 6e flotte dans les Caraïbes où il a participé à la capture du couple présidentiel vénézuélien (1) est en chemin pour le Moyen-Orient.

En réponse, Téhéran menace d’utiliser toutes ses armes pour contrer la flotte américaine et d’étendre le conflit à la région toute entière si les gouvernants autorisent l’utilisation des bases terrestres US et leur espace aérien pour mener des opérations offensives(2).

En deuxième semaine de février, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a fermé temporairement le détroit d’Ormuz pour des exercices de tirs réels. Baptisés « Contrôle intelligent du détroit d’Ormuz », ces manœuvres ont comporté le lancement de missiles de croisière antinavires ainsi que des opérations menées par des drones navals et des sous-marins du CGRI depuis trois îles iraniennes.

a/s missile Fattah

Dans un discours prononcé le 10 février, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Sayed Khamenei, a proféré des menaces contre les navires de guerre américains : « nous entendons constamment dire qu’ils ont envoyé un navire de guerre vers l’Iran […] Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l’arme capable de le couler l’est encore plus. »
Il semble évoquer le dernier missile Fattah présenté officiellement pour la première fois en 2023(3) dont il existerait plusieurs versions.
Selon le modèle, il est armé d’une ogive contenant 350 à 400 kg d’explosifs à haute puissance, combinée à une immense énergie cinétique due à sa descente à grande vitesse.

La version initiale est un missile balistique hypersonique qui aurait une portée de 1.400 kilomètres et surtout, une vitesse de rentrée de l’ogive de Mach 13-15, cette dernière ayant une capacité de manœuvrabilité grâce à son propre moteur destinée à déjouer les défenses adverses.

Il existerait aussi une version Fattah-2 armée avec une ogive planante pouvant évoluer à Mach 5. La portée est aussi donnée pour 1.400 kilomètres.

Selon le site de Patricia Marins, un modèle antinavires utilisant des charges en tandem, une première pénétrante (charge creuse ou pénétrateur cinétique), une seconde provoquant une explosion à l’intérieur du navire aurait été développé. Même s’il ne coule pas, le navire sera ravagé par les flammes pouvant provoquer des explosions en chaîne sans parler, pour les porte-avions, de l’impact sur la sécurité nucléaire des réacteurs qui servent à la propulsion.

Toutefois, le problème de ces missiles réside dans leur guidage terminal principalement assuré par des radars, des satellites en orbite basse ou des drones. C’est beaucoup plus délicat pour une cible évasive que sur des installations terrestres.
La tactique d’un groupe aéronaval consiste donc d’abord à tenter de neutraliser l’électronique ennemie tout en maintenant une interdiction d’accès et de zone (Anti-Access / Area Denial A2/AD.)
Dans ce domaine, les Américains disposent de bien plus d’atouts que l’Iran.

Mais un coup au but sur un porte-avions serait une catastrophe militaire, politique, écologique et psychologique ; les dirigeants américains pourraient envisager alors toutes les réponses, même les pires.

De l’utilité des groupes aéronavals

Parmi les stratèges qui tentent de prévoir l’avenir, une école de pensée assure que les missiles hypersoniques, les essaims de drones, les drones sous-marins et les défenses anti-accès/déni de zone terrestres (A2/AD) marquent la fin des groupes aéronavals. Elle pense que l’avenir est aux flottes modulaires, flexibles et éparpillées.

Une autre pense que les groupes aéronavals gardent toute leur pertinence en dessous du seuil d’une guerre de haute intensité contre une grande puissance : Chine, Russie et dans les dizaines d’années à venir, l’Inde, le Pakistan, etc.

Ces deux écoles se rejoignent sur un fait fondamental : les approches des côtes seront à grands risques et certains espaces maritimes relativement clos interdiront l’emploi de groupes aéronavals comme ceux de notre époque, en particulier la Méditerranée.

La menace iranienne actuelle

Aujourd’hui pour les stratèges américains, l’Iran ne présente pas ces risques. Les armements présentés à grands renforts de publicité, ont certes atteint Israël lors des frappes de 2024 puis de 2025, mais c’est une toute autre affaire avec des navires qui manœuvrent et qui sont hyper protégés.
Mais si par malheur un porte-avion américain était atteint, cela justifierait vraisemblablement une réponse stratégique dévastatrice pour l’Iran : l’emploi de l’arme nucléaire contre des sites de commandement et militaires ne semble pas être exclu – avec toutes les pertes collatérales que cela entrainerait -. Les États-Unis ont bien été le premier et seul pays à employer l’arme atomique dans un conflit qu’ils voulaient terminer dans les plus brefs délais.
Bien sûr, le régime des mollahs ne pourrait pas répliquer n’ayant pas d’arme nucléaire opérationnelle – pour l’instant -.

Les États-Unis emploient donc actuellement leur flotte dans une manœuvre d’intimidation vis-à-vis de Téhéran dans le cadre d’une politique d’influence. Tout est possible mais les dirigeants iraniens savent pertinemment qu’un conflit de haute intensité mènerait à terme à leur chute.
Il faut toutefois rester prudent avec les pronostics : ils s’avèrent souvent faux.

(1.) Voir : « Coup de main audacieux US sur le Venezuela » du 5 janvier 2026.
(2.) Voir : « Iran : quelle est la situation ? » du 17 février 2026.
(3.) Voir : « L’Iran dévoile le missile hypersonique ‘Fattah’ » du 8 juin 2023.