Le 16 février, l’Iran a organisé un nouvel exercice naval dans le détroit d’Ormuz et en mer d’Oman.
Donald Trump avait annoncé précédemment l’envoi d’un deuxième porte-avion vers l’Iran (un troisième serait peut-être en cours de préparation) afin de maintenir la pression militaire sur Téhéran.
Il y a un an, deux porte-avions américains avaient déjà été déployés dans la région dans le cadre de la guerre menée contre les rebelles yéménites Houthis(1).
Le dispositif de deux groupes navals sur zone ne devrait toutefois pas être pleinement opérationnel avant plusieurs semaines.
Les Américains possèdent bien de nombreuses bases aériennes dans la région mais la plupart des pays hôtes interdisent leur utilisation pour frapper en premier l’Iran.
D’ailleurs, pour l’instant, aucun préparatif de guerre n’a été signalé aux Émirats arabes unis où se trouve la base aérienne Al Dhafra qui accueille des forces américaines et françaises.
La rencontre Trump-Netanyahou qui s’est tenue le 11 février à la Maison Blanche ne se serait pas bien passée. Il n’y a pas eu de conférence de presse commune à l’issue car le président américain veut donner une chance aux négociations : « un mois environ […] Je leur parlerai aussi longtemps qu’ils le souhaitent. » Cela amène à la mi-mars, date à laquelle les groupes aéronavals seront sur zone prêts à agir.
De son côté, le premier ministre israélien a rappelé ses exigences toujours maximalistes vis-à-vis de Téhéran : zéro nucléaire, neutralisation des missiles balistiques et des proxies iraniens au Moyen-Orient. Il est évident que les autorités iraniennes ne se plieront jamais à ces exigences.
Selon son habitude de la provocation, le président Trump a affirmé que si l’Iran ne négociait pas un accord sur son programme nucléaire, les conséquences seront « très traumatisantes », ajoutant qu’il passerait à la « phase deux », qui serait « très dure » pour les Iraniens.
Mais, le jeu est biaisé. Ainsi le ministre des Affaires étrangères turc, Hakan Fidan, a révélé lors d’un entretien télévisé qu’avant la frappe américaine contre le site nucléaire iranien de Fordo en juin 2025 lors de l’opération « Marteau de Minuit »(2), Washington avait prévenu Ankara qui, naturellement, avait transmis le message à Téhéran ce qui avait évité une casse trop importante.
Depuis des décennies, les responsables politiques américains qui se succèdent et iraniens crient très fort pour satisfaire leur public mais font bien attention à ne pas aller trop loin…
Tous les analystes bien informés savent qu’il n’y a pas de solution militaire capable de régler la « question iranienne » qui est, en fait, la chute du régime des mollahs(3).
Un secret espoir est placé dans les oppositions de l’intérieur – celles de l’extérieur n’étant pas jugées crédibles car peu enracinées dans les populations -.
Mais le problème est qu’elles sont divisées et ont n’ont absolument pas le même agenda.
Un calme relatif étant revenu en Iran, le pouvoir s’est même permis de libérer plusieurs responsables réformateurs qui avaient critiqué la répression sanglante des manifestations de décembre 2025/janvier 2026 qui auraient fait quelques 30.000 morts (chiffre difficile à vérifier.) Pour Téhéran, le pouvoir pense qu’ils ne représentent pas un risque sérieux même si, par mesure de précaution, ces responsables seront étroitement surveillés. Il semble que la population iranienne, elle, est pour l’instant résignée.
Le programme nucléaire iranien
En ce qui concerne le programme nucléaire iranien, il est vraisemblable qu’à l’origine il était vraiment pacifique. Mais l’Histoire est passée par là.
Le régime a bien compris – les exemples libyen et irakien sont dans toutes les mémoires – que sa survie ne tiendrait dans l’avenir que grâce à la détention de l’arme nucléaire.
L’effort continue donc dans ce sens tout en prenant en compte les menaces aériennes que font peser les États-Unis et Israël.
Israël avait lancé l’opération « Réveil du Lion » en juin 2025 ciblant des infrastructures nucléaires et militaires critiques à travers l’Iran, en particulier à Natanz, le principal site d’enrichissement d’uranium du pays. Mais l’État hébreu ne disposait pas des capacités de destruction de bunkers nécessaires pour neutraliser complètement ces installations compte tenu de la profondeur de leur enfouissement. Des travaux de remise en état ont été rapidement entrepris et d’autres sites semblent avoir été renforcés.
À titre d’exemple, des photos, analysées pour la première fois par l’Institut pour la Science et la Sécurité Internationale (ISIS), un think tank basé aux États-Unis, montrent des entrées de tunnels sont en train d’être renforcées au mont Kolang Gaz La – également connu sous le nom de Montagne Pickaxe.-
Une image satellite du 10 février montre ce qui semble être du béton frais posé sur l’une des zones d’entrée de Pickaxe Mountain.
Ces lieux n’ont pas été attaqués lors des frappes aériennes américaines et israéliennes en juin 2025, mais l’installation nucléaire de Natanz située à deux kilomètres plus au nord, a été impactée.
Les activités se déroulant dans ces installations restent inconnues.
Un rapport de l’AIEA publié en mai 2025 conclut que l’Iran a mené des activités nucléaires clandestines sur quatre bases dans les années 2000 : Lavisan-Shian (photo ci-après), Marivan, Turquz-Abad et Varamin. Les installations ont été rasée avant avoir pu être inspectées par l’AIEA.
Selon l’ISIS, ces quatre sites (et peut-être d’autres non repérés) ont constitué le cœur d’un «programme nucléaire structuré mais non déclaré» de l’Iran, et cela, bien au-delà de la fin supposée de son programme officiel en 2003.
L’Iran aurait alors mené au moins un «essai à froid.» Cette expérience est effectuée avec un engin nucléaire finalisé mais doté d’un noyau d’uranium naturel ou appauvri au lieu du noyau d’uranium de qualité militaire.
Selon de nombreux analystes, Téhéran a vraisemblablement atteint le « seuil nucléaire » depuis longtemps, c.-à-d. que ses ingénieurs savent parfaitement fabriquer une arme et ont maîtrisé la phase de l’amorçage qui est particulièrement critique. Leur problème réside dans sa miniaturisation et son durcissement pour l’adapter sur des vecteurs adéquats.
En mai 2025, l’AIEA a signalé que les stocks iraniens d’uranium enrichi quasi-militaire avaient augmenté d’environ 50 % au cours des trois mois précédents. Cette augmentation plaçait l’Iran en position d’avoir assez de matière pour fabriquer dix armes nucléaires.
En juin 2025, le président Donald Trump a suivi en déclarant que l’Iran n’était qu’à « un mois de la réalisation d’une arme nucléaire » lorsqu’il a ordonné l’Opération « Marteau de Minuit » qui consistait à frapper trois sites souterrains où des centrifugeuses étaient utilisées pour produire de l’uranium hautement enrichi.
Après cette opération, la Maison Blanche a déclaré que les sites nucléaires iraniens étaient «anéantis», une affirmation qui semble très exagérée.
Et les vecteurs ?
Selon les analystes du renseignement américain, l’Iran possède le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient. Les missiles iraniens à la plus longue portée seraient capables d’atteindre des cibles situées jusqu’à 2.000 kilomètres couvrant ainsi tout le Moyen-Orient et une partie de l’Europe.
Les frappes iraniennes contre Israël en avril(4) et en octobre 2024(5) constituaient ses premières tentatives d’atteindre des cibles israéliennes avec des armes tirées depuis le territoire iranien.
Téhéran aurait annoncé ses intentions plusieurs jours avant la frappe d’avril, qui a impliqué des drones, des missiles de croisière et des missiles balistiques. Israël et ses alliés disposaient donc de quelques heures pour suivre et contrer les drones et missiles de croisière plus lents. En revanche, la seconde frappe d’octobre a été lancée sans avertissement et a engagé principalement des missiles balistiques.
Malgré la défense aérienne israélienne épaulée par les États-Unis, quelques projectiles sont parvenus à atteindre leurs cibles. Ainsi, une trentaine d’entre eux tirés en octobre 2024 ont atteint une base aérienne dans le sud d’Israël…
Si Téhéran parvient à développer des armes atomiques opérationnelles, le risque d’une erreur d’appréciation entre Israël et l’Iran pouvant entraîner un échange nucléaire serait considérable. En effet, lors de tirs de missiles comme il y en a eu en 2024 et 2025, rien ne permettrait de dire avant leur explosion s’ils sont armés de têtes classiques ou atomiques. Le pays se jugeant menacé dans son existence même pourrait procéder au lancement de ses propres armes nucléaires…
Autre sujet d’inquiétude : la possession de l’arme nucléaire par l’Iran peut pousser d’autres rivaux régionaux, comme l’Arabie saoudite, l’Égypte ou la Turquie, à développer leur propre programme nucléaire militaire.
Ainsi, le 9 février, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a laissé entendre que la Turquie se lancerait dans le développement de l’arme nucléaire si l’Iran s’en procurait.
(1). Voir : « Frappes américaines contre les Houthis au Yémen » du 23 avril 2025.
(2). Voir : « IRAN : « Opération Midnight hammer » du 23 juin 2025.
(3). Voir : « L’avenir de l’Iran se joue actuellement » du 15 janvier 2026.
(4). Voir : « Affrontement direct entre l’Iran et Israël » du 15 avril 2024.
(5). Voir : « Missiles iraniens sur Israël et action terroriste à Tel-Aviv » du 2 octobre 2024.
