Depuis 2019, lors du premier mandat de Donald Trump et à nouveau depuis sa réélection, Washington exprime de manière répétée sa volonté de prendre le contrôle du Groenland. Le gouvernement américain accuse les Danois d’assurer une « sécurité insuffisante » de l’île face aux ambitions de la Chine et de la Russie.

Cette demande américaine n’est pas nouvelle, car, depuis le XIXe siècle, les États-Unis ont tenté plusieurs fois — avec constance en 1867, en 1910, en 1946, en 1955, en 2019 et actuellement —, de s’emparer du Groenland. D’ailleurs, après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis proposeront secrètement au Danemark d’acheter ce territoire autonome du royaume danois (1).
Et, quelles que soient les époques, les Américains avanceront toujours l’argument d’un territoire vital pour leur sécurité nationale, le considérant comme un « trou noir de sécurité » pour l’OTAN, ses 44 000 km de côtes étant difficiles à surveiller. Walter Berbrick, professeur au Naval War College, déclarera : « Quiconque détient le Groenland détient l’Arctique. C’est l’emplacement stratégique le plus important de l’Arctique et peut-être du monde. » Les États-Unis considèrent le contrôle du goulet du GIUK (zone maritime entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni) comme essentiel à la défense maritime de l’est de leurs côtes.
Le Groenland ne dispose pas de sa propre armée. En tant que territoire du Danemark, l’armée danoise est responsable de sa défense et l’île se trouve dans la zone d’influence militaire de l’OTAN.
En 2020, le commandement arctique du Danemark alignait quatre navires, quatre hélicoptères, un avion de patrouille maritime et six équipes de traîneaux à chiens.
En décembre 2024, le Danemark a annoncé son intention de renforcer sa présence militaire au Groenland en y ajoutant du personnel, des patrouilleurs, des drones à longue portée et en modernisant un aéroport pour accueillir ses avions de combat F-35.
De son côté, la presse britannique assure que Donald Trump a ordonné aux agences de sécurité et de renseignement américaines d’élaborer un plan détaillé pour une « invasion » du Groenland, avec, par exemple, un renforcement conséquent de la présence américaine grâce à un accord signé dans le cadre de l’OTAN il y a des décennies pour l’exploitation de bases militaires, en particulier celle de Pituffik.
Selon les spécialistes, l’acquisition forcée du Groenland par les États-Unis sera « la guerre la plus courte du monde, il n’y a aucune capacité défensive au Groenland, d’autant que Washington en a déjà le contrôle de facto ». Quant aux sanctions dont parlent certains hommes politiques en Europe contre des entreprises américaines, voire l’expulsion des troupes américaines des bases militaires en Europe, ou une force expéditionnaire interarmées européenne qui pourrait être déployée au Groenland, personne n’y croit. À quand, donc, le cinquante et unième État américain ?

(1) Soit 1 milliard de dollars (actuels) en lingots d’or.

Bonne lecture
Eric Micheletti

Retrouvez tous les articles du numéro 475 en cliquant ICI.

Vous pouvez également feuilleter le magazine en ligne en cliquant ICI :