Ces déclarations interviennent alors qu’Ankara négocie un accord de sécurité avec le nouveau gouvernement en place à Damas, suscitant des inquiétudes quant à d’éventuels incidents qui pourraient se produire dans l’avenir voire même une confrontation plus importante entre Israël et la Turquie.
Selon ces mêmes sources : « l’établissement d’une base aérienne turque à Palmyre, en Syrie, pourrait exacerber les tensions régionales et accroître le risque de conflit avec Israël […] Compte tenu des efforts constants d’Israël pour empêcher toute implantation militaire hostile en Syrie, toute présence militaire turque significative, en particulier dans des lieux stratégiques comme Palmyre, pourrait être perçue comme une menace pour les intérêts sécuritaires israéliens.»

Israël mène des frappes régulières en Syrie même après que le régime de Bachar el-Assad ait disparu. Par exemple, fin mars Israël a bombardé des infrastructures militaires dans la région de Palmyre, notamment la base aérienne T-4. Selon Tsahal, les frappes ont visé les « capacités militaires stratégiques restantes » sur les deux sites qui a précisé : « les frappes aériennes ont été menées après que le Groupe de renseignement aérien israélien ( l’unité de renseignement de l’armée de l’air israélienne « Lamdan ») a surveillé récemment les armes et autres capacités stratégiques sur les deux sites militaires du centre de la Syrie ». Les dégâts qui en ont résulté ont été « importants », détruisant des capacités qui préserveront la supériorité aérienne d’Israël dans la région. »

Parallèlement, selon la North Press Agency : « les forces turques ont commencé ces derniers jours à construire une base militaire au sein du site de défense aérienne de Menagh, dans la campagne du nord d’Alep, au nord-ouest de la Syrie […] Les forces turques ont commencé à transporter d’importantes dalles de béton et du matériel logistique à l’aide de gros véhicules de transport vers la base aérienne militaire de Menagh, à environ six kilomètres au sud d’Azaz, afin d’établir un centre de défense aérienne.»
Ankara souhaite transformer la base aérienne « en une base de défense aérienne pleinement opérationnelle, y compris la restauration des aires d’atterrissage pour hélicoptères, dans le cadre de ses efforts pour renforcer sa présence militaire dans le nord de la Syrie. »
D’autres rumeurs font état d’une base turque dans le nord-ouest de la Syrie, près de la ville de Manbij.
Relations turco-israéliennes
Les relations entre Israël et la Turquie ont été en dents de scie au fil des années. Excellentes avant l’arrivée des islamistes au pouvoir en Turquie, elles s sont heurtées à l’utilisation de la cause palestinienne faite par Recep Tayyip Erdoğan. Un rapprochement naissant en septembre 2023 a échoué quelques semaines plus tard en raison de la guerre d’Israël contre le Hamas.
Le nouveau gouvernement établi par le Hayat Tahrir al-Sham (HTS), qui a dirigé les forces anti-Assad avec un soutien important de la Turquie, n’a pas encore pris le contrôle total du pays.

Dans ce vide, l’État hébreu et la Turquie cherchent à y étendre leur sphère d’influence.
Israël a accru son contrôle territorial dans le sud, tandis que la Turquie cherche à étendre son influence militaire au nord, à l’ouest et désormais au centre du pays.
Ankara soutient depuis longtemps plusieurs groupes militants en Syrie qui s’opposent aux Forces de défense syriennes (FDS) dont l’élément principal est constitué des YPG soutenues jusque-là par les États-Unis. Ces dernières étant considérées comme des « terroristes » proches du PKK, Ankara les a frappés à plusieurs reprises.
Au début mars, le président Erdoğan a mis en garde contre toute intervention en Syrie : « Ceux qui cherchent à tirer profit de l’instabilité syrienne échoueront […] Nous ne les laisserons pas diviser la Syrie comme ils l’imaginent.» Il n’a pas cité Israël mais bien évidement, c’est ce pays qui est désigné.
De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a tenu une réunion de cabinet fin mars au sujet des tensions croissantes avec la Turquie présentant une confrontation avec cette dernière comme inéluctable.
Déjà en janvier, le Jerusalem Post avait rapporté qu’un comité consultatif du gouvernement israélien a averti qu’Israël devait se préparer à une confrontation directe avec la Turquie. Il avait particulièrement prévenu que « les ambitions de la Turquie à restaurer son influence de l’époque ottomane pourraient entraîner une exacerbation des tensions avec Israël, voire une escalade vers un conflit. »
À ces inquiétudes s’ajoute le fait que Netanyahou et Erdoğan sont tous deux confrontés à des pressions intérieures intenses. Netanyahou est jugé pour corruption, tandis que des manifestations secouent la Turquie après l’arrestation ordonnée par Erdoğan du maire populaire d’Istanbul, son principal rival pour les élections de 2028.


Selon un responsable israélien a avancé : «Erdoğan pourrait attiser les tensions avec Israël pour rallier des soutiens nationaux. » Des inquiétudes similaires ont été exprimées à l’encontre de Netanyahou.
Position de la Turquie vis-à-vis du HTS

Reuters a rapporté qu’Erdoğan et Ahmad al-Charaa ont lancé des négociations sur un éventuel un accord de défense bilatéral.
Avant que le Hayat Tahrir al Sham (HTS) ne renverse le dictateur Bachar al-Assad en décembre 2024, les relations de cette organisation avec la Turquie étaient caractérisées par un mélange de coopération pragmatique et de méfiance profonde.
Initialement, la Turquie avait désigné HTS comme « organisation terroriste » en raison de son idéologie extrémiste et de ses liens avec Al-Qaïda. Cependant, les réajustements stratégiques du HTS, notamment ses actions contre les bastions de l’État islamique à Idlib dans le nord-ouest de la Syrie, avaient permis un début de coopération avec Ankara.
Le HTS avait autorisé les patrouilles turques à opérer dans les territoires qu’elle contrôlait et à installer des postes d’observation dans le nord du pays.
Il s’était même positionné comme un « protecteur » pour Ankara en freinant le trafic de drogue vers la Turquie, en empêchant l’infiltration de l’État islamique et en appréhendant les individus recherchés par les autorités turques.
Selon la chaîne de télévision syrienne Syria TV basée en Turquie, Ahmad al-Charaa aurait aussi soutenu les opérations militaires turques à l’est de l’Euphrate (contre les FDS).
Le nombre de militaires turcs présents sur le sol syrien a fluctué depuis décembre, mais l’influence de la Turquie continue de croître.
Selon le World Street Journal, cette évolution coïncide avec la désignation de ressortissants turcs et de personnalités pro-turques à des postes clés au sein de l’armée nouvellement structurée.

Un exemple frappant est celui d’Omar Jaftashi (Mukhtar al Turki), ressortissant turc et ancien membre de Hayat Tahrir al Sham, qui commande désormais la division de Damas. Jaftashi a joué un rôle essentiel dans la coordination entre HTS et le MIT, l’agence de renseignement turque.
De plus, des milices de l’Armée nationale syrienne soutenues par la Turquie ont été intégrées à l’armée syrienne unifiée.
Bien que cette intégration ait été précipitée – laissant nombre de ces factions fidèles à leurs commandants locaux et à la Turquie – elle renforce l’influence d’Ankara sur la structure militaire syrienne.

Par exemple, Mohammad al Jasem (Abou Amsha), chef de la brigade Sultan Suleiman Shah, a été nommé commandant de la division Hama (62ème division). Jasem est sanctionné par les États-Unis pour violations des droits humains contre les populations kurdes et a été accusé d’avoir commis des violations contre la communauté alaouite lors des événements de mars 2025 près des côtes syriennes.

Un autre mandataire turc, Sayf Abu Bakr, est un ancien lieutenant des services de renseignement de l’armée de l’air d’Assad qu’il avait déserté pour rejoindre la division Hamzat, soutenue par la Turquie. Des rapports suggèrent qu’il pourrait également avoir été affilié à l’État islamique. Bakr a été nommé commandant de la 76ème division de l’armée syrienne et, comme Jasem, est sanctionné par les États-Unis pour violations des droits humains contre les Kurdes.
Si le risque d’« incidents » pouvant survenir entre Israël et la Turquie sur le sol syrien n’est pas à exclure, une confrontation de grande ampleur entre les deux pays semble peu probable dans un proche avenir. Aucun des deux pays n’y a intérêt politiquement et militairement. De plus, Washington a les moyens financiers de calmer les ardeurs des dirigeants respectifs de ces deux États.