Depuis l’offensive russe du 24 février, il était rare que Kiev fasse état de ses pertes. Depuis le début juin, les responsables se sont succédés pour donner leurs estimations qui sont très inquiétantes.

Le président Volodymyr Zelensky a commencé en annonçant la mort d’une centaine de combattants et la neutralisation de 500 autres par jour. Le Ministre de la défense, Oleksii Reznikov, a ensuite confirmé ces chiffres.

Enfin, Mykhaylo Podolyak, un proche conseiller du président Zelensky a avancé une fourchette de 100 à 200 morts et 500 blessés par jour.

Ces déclarations mettent en avant le fait que les pertes sont actuellement surtout dues à des échanges de tirs d’artillerie et que les Russes ont quinze fois plus de pièces, particulièrement dans le Donbass où ils font actuellement effort.

Selon le directeur adjoint des services de renseignement militaires ukrainiens, Vadym Skibitsky, les forces ukrainiennes tirent de 5.000 à 6.000 munitions d’artillerie par jour et son stock de munitions d’origine du Pacte de Varsovie serait presque vide même si des pays voisins le recomplètent continuellement.

Pour faire face, Kiev réclame des centaines de pièces d’artillerie aux Occidentaux et en particulier plus d’une centaine de lance-roquettes multiples HIMARS M142 et MLRS M270 dont quelques exemplaires américains et britanniques sont en cours d’acheminement.

Si l’on croit les chiffres de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), l’armée ukrainienne était forte de 125.000 hommes au début du conflit auxquels il faut ajouter environ 102.000 Gardes nationaux et de frontières. Mais la mobilisation nationale et internationale a permis de gonfler ces effectifs jusqu’à 500.000 combattants. Ces chiffres importants laissent à penser qu’en théorie, Kiev peut très bien encaisser ces pertes jusqu’à l’automne. Mais la guerre n’est pas une science exacte et le facteur humain est essentiel. Si les Ukrainiens ont montré jusque là un courage et une détermination hors du commun, l’étalement de la guerre dans le temps et les atrocités de la guerre peuvent à la longue user les consciences.

En face, les Russes auraient eu de 15.000 à 20.000 morts depuis le début de l’invasion mais le réservoir humain est tel qu’ils restent dans une position offensive – sauf au Sud et au Nord où ils se sont retranchés pour faire face aux contre-offensives ukrainiennes destinées à détourner des unités russes du front principal dans le Donbass.

L’Ukraine devrait demander une accélération des livraisons d’armes et de munitions lors d’une réunion du groupe de contact de l’OTAN qui doit se tenir à Bruxelles le 15 juin.
Mais les commentateurs sont sceptiques sur la réelle efficacité de ces livraisons qui sont attendues comme un « miracle ». En effet, il convient de compter avec un temps de formation incompressible des servants, un acheminement sécurisé des matériels vers les lignes de front et leur intégration dans des unités opérationnelles. À l’évidence, l’équation est extrêmement difficile à résoudre.

Le conseiller Podolyak a enfin affirmé que les négociations de paix ne pourraient reprendre que si la Russie rendait tous les territoires qu’elle avait conquis depuis le 24 février, ce qui ne se passera pas.
Il est possible que les forces russes épuisées gèlent les positions durant un certain temps pour se reconstituer, se réorganiser avant de repartir à l’offensive. Jusque là, la guerre devrait surtout être constituée d’échanges de tirs d’artillerie et des raids aériens russes (tirs de missiles et bombardements) dans la profondeur pour amoindrir les flux logistiques ukrainiens.
Par contre, des actions ponctuelles de sabotage commencent à être signalées dans les régions tenues par les forces russes. Est-ce le début d’une guerre de « résistance » ? Ce qui semble certain, c’est qu’elle va durer.

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Texte

Alain Rodier

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